Carinotetraodon salivator Lim 1 Kottelat, 1995.  Photo : Michaël Negrini

J’ai toujours été attiré par la famille des Tetraodontidae et particulièrement par les espèces d’eau douce.  En effet, il existe une variété étonnante de poissons-ballons dans ce groupe.

 

Du minuscule Carinotetraodon travancoricus (Hora & Nair, 1941) indien de 3 cm au géant Tetraodon mbu Boulenger, 1899 africain de 80 cm, du chasseur impitoyable comme Tetraodon miurus Boulenger, 1902 au mangeur de mollusques comme Colomesus asellus (Müller & Troschel, 1849), il y en a pour tous les goûts.

 


Carinotetraodon travancoricus (Hora & Nair, 1941)

 

Tetraodon miurus Boulenger, 1902, surnommé Terminator par certains...

Mais la maintenance de Tetraodon avec d’autres espèces n’est pas forcément facile.  Ces poissons sont tout d’abord assez lents à se nourrir et beaucoup n’apprécient pas la nourriture inerte.  Généralement, la première alimentation est constituée de larves, crustacés et mollusques.  Ils sont d’ailleurs plutôt spécialisés dans ce type d’aliment car ils possèdent quatre dents bucco-pharyngiennes très développées qui leur permettent de broyer leurs proies.  Même des escargots plus gros qu’eux sont réduits en pièce.  On ajoutera que ce sont de gros mangeurs qui ont un métabolisme assez rapide et qui nécessitent dès lors plusieurs nourrissages par jour.

 Les impressionantes dents de Tetraodon mbu Boulenger, 1899

Ensuite, il faut que les autres espèces leur laissent le temps de manger !  Souvent nos poissons-ballons sont victimes de leur tempérament calme et meurent de faim en bac d’ensemble.

Mon ami Grégoire Germeau d’AquaMiroir a d’ailleurs trouvé le bon aliment pour les poissons-ballons : les anneaux de calamars.  En effet, cet aliment est assez dur et les autres poissons (Botiinae exceptés) n’en mangent que rarement ! Cela laisse donc le temps à nos pachas de se nourrir.

Ce problème de concurrence alimentaire accrue les incite à user leurs dents et à mordre dans tout ce qui bouge, y compris les autres poissons.  Même les espèces les plus calmes des genresCarinotetraodon et Colomesus sont susceptibles de mordre les nageoires de leurs compagnons d’aquarium.  Si les espèces piscivores (comme Tetraodon miurus Boulenger, 1902), voire lépidophages (mangeurs d’écailles ou de nageoires comme les espèces du genre Auriglobus) sont évidemment à garder dans un bac spécifique, on peut tenter la cohabitation des Carinotetraodon avec d’autres poissons assez rapides pour échapper aux dents de leurs compagnons mais pas trop voraces, de manière à ce que nos tétrodons ne meurent pas de faim.  Dans ce cas une alimentation individuelle est indispensable…

 

Mais même dans ce cas, on ne sera jamais qu’aucune queue ne manquera pas à un moment ou un autre.   Le tout petit Carinotetraodon travancoricus (Hora & Nair, 1941) adore passer son temps à poursuivre les danios et rasboras de son entourage ! Les espèces irrubesco et lorteti sont également susceptibles de mordre les cohabitants…

 

Et puis… Mon ami Grégoire rentre un couple de  Carinotetraodon salivator Lim & Kottelat, 1995.  Je résiste.  Puis c’est mon autre ami Manu, d’ABG Diffusion qui en rentre un couple.  Et il le place dans le grand bac à plantes avec des cardinalis.  Pas de prédation…  Je me dis que c’est un hasard, que le bac est grand, qu’on ne sait pas quelle quantité exacte de cardinalis il y a, etc.  Le plus amusant c’est que nos poissons-ballons vont manger les comprimés de fond donnés au gros Loricariidae du bac.  Encore dubitatif, je résiste encore… Le couple est vendu mais un deuxième couple est introduit dans ce bac et le comportement paisible est le même.  Et là, des mâles de guppies voilés sont gardés avec eux.  Pas de nageoires mordues, pas de poisson coupé en deux ! Étonnant ! Et là, je craque !

Carinotetraodon salivator Lim & Kottelat, 1995, femelle au-dessus

C’est ainsi que mon bac asiatique s’enorgueillit d’un superbe couple de ces tétrodons originaires de Sarawak (Bornéo).  Et le comportement paisible se confirme de même que leur aptitude à manger des nourritures préparées comme des granulés de fond ou même des granulés plus petits.  Je leur fournis évidemment des planorbes en quantité, du calamar, des crevettes mais nos amis se plaisent à manger également les nourritures sèches.

 

Entretemps, mon ami Lilian Moissonnier a également pu tester ce comportement paisible mais avec Carinotetraodon borneensis (Regan, 1903), également originaire de Sarawak mais plus au sud que notre salivator. 

 Cette espèce mérite vraiment d’être maintenue en aquarium.  La femelle est beige réticulée de brun.  Le mâle est beige jaune plus clair et dispose d’un fanon orange-vif qu’il déploie pour impressionner son adversaire.  Par prudence, malgré son caractère paisible, j’éviterais de les mettre dans des bacs trop petits, le comportement intraspécifique étant rarement impeccable.

 Enfin, on n’hésitera pas à la mettre dans des bacs dotés d’un certain courant d’eau.  Cette espèce est en effet partiellement rhéophile.

 

Christian Van Belle