Depuis quelques mois, on voit de plus en plus souvent dans le commerce aquariophile, des espèces de syngnathiformes d’eau douce… Ces poissons, proches de l’hippocampe, sont très jolis pour la plupart mais particulièrement délicats à garder et surtout à nourrir.  Voici quelques infos.

 

Voir aussi le site de Marion Zöller : http://www.beepoint.de/nadeln.html

Généralités

Les aiguilles de la famille des Syngnathiformes sont généralement des espèces marines.  Quelques espèces fréquentent néanmoins les eaux saumâtres et même remontent en eau douce.  Les syngnathes sont des poissons proches de l’hippocampe et sont assez adaptatifs au type d’eau.  Néanmoins, la plupart des espèces vivront mieux en eau légèrement salée, même celles renseignées comme dulçaquicoles.  Le sel marin constitue un désinfectant naturel et on pourra constater des changements de couleur en fonction de la salinité de l’eau. Généralement, un ajout de 5g de sel marin par litre d’eau douce suffit.  Il est illusoire de vouloir les garder de manière durable en eau douce (à de rares exceptions près).

 
Le second problème est de les nourrir.  La plupart des espèces ne prennent que du vivant de petite taille.  Ils sont très spécialisés, observent longtemps leur proie avant de l’attraper d’un mouvement rapide des mâchoires et se la font donc facilement chiper par des poissons plus actifs (un peu comme les poissons-ballons).  Ils sont donc bien évidemment particulièrement sensibles à la concurrence alimentaire.  On doit vraiment les garder avec des espèces calmes et de petite taille.

 

Enfin, il existe quelques espèces de grande taille comme Doryichtys boaja (Bleeker, 1850) qui ont tendance à manger des petites espèces ou à défaut de s’en prendre aux yeux des autres poissons, les prenant pour un crustacé. On sera donc attentif à ce problème également.

 
La maintenance de ces espèces n’est donc pas du tout évidente. Un bac spécifique est évidemment préférable mais on peut quand même les garder avec des espèces bien adaptées.

Maintenance en aquarium

Toutes les espèces nécessitent un aquarium bien filtré mais avec peu de courant. Ils ne sont pas de bons nageurs et sont vite stressés par un courant trop important.  On adaptera la taille du bac et la température en fonction des espèces.  Une longueur de 120 cm est un minimum pour les espèces de grande taille ou bonnes nageuses comme certaines Microphis.

On prévoira une décoration à l’aide de racines de mangrove et de branches.  Certaines plantes tolèrent assez bien une salinité de 5 g par litre.  C’est le cas de la mousse de Java, des Microsorum et de certaines Cryptocorine.  Les anubias supportent pendant un moment mais dépérissent au bout de quelques mois de même que les Vallisneria.

 

Les Syngnathes se tiennent souvent immobiles entre deux eaux. Ils ont alors l’aspect d’une brindille et chassent à l’affût. Dans le cas de Doryichtys boaja (Bleeker, 1850) par exemple, une chasse active sera adoptée en présence de petits poissons style guppies.  Il faudra prévoir des zones d’eau libre pour ces espèces.


Les petites espèces comme Enneacampus ansorgii (Boulenger, 1910) ou Ichtyocampus carce (Hamilton, 1822) se tiennent plus au sol et chassent non seulement les micro-crustacés mais aussi les vers dans le substrat. On prévoira donc du sable fin et aussi des cachettes au sol même sous forme de feuilles mortes.

 

Cohabitants

Les petites espèces pourront cohabiter avec d’autres petits poissons calmes et demandant une eau un peu saumâtre.  Des Chanda, des gobies non agressifs (chez moi Ichtyocampus carce (Hamilton, 1822) cohabite très bien avec Brachygobius kabiliensis Inger, 1958 , un gobie abeille de2 cm).  De même, des petits vivipares comme des Micropoecilia peuvent très bien être mis en compagnie de ces syngnathes. L’essentiel est que les cohabitants soient calmes, pas trop rapides ni gloutons. 

Les espèces de taille moyenne et plus grande peuvent être placées avec des poissons occupant une autre niche écologique.  Les grands Doryichys peuvent cohabiter par exemple avec des Toxotes, desAmbassidae de plus grande taille et d’autres gobies comme Stigmatogobius sadanundio (Hamilton, 1822) ou Awaous banana (Valenciennes, 1837).

 

Alimentation

On ne gardera pas de Syngnathidae à long terme sans nourriture vivante. Chez moi, Ichtyocampus carce(Hamilton, 1822) est nourri avec des nauplies d’artemias et des artemias adultes, des vers de vase, des larves de Corethra et des daphnies. Ils acceptent parfois des proies surgelées si leur attention est attirée par un certain mouvement.  Dans le cas des miens, les vers de vase congelés et les cyclops sont bien acceptés.

 

Les espèces plus grandes mangeront également des larves de moustiques, des artemias, des mysis et des petits poissons.  Je pense qu’un ou deux couples de Poecilia sphenops par exemple ou quelques guppies procureront une alimentation vivante supplémentaire à nos aiguilles.

 

Mais il ne faut absolument pas acquérir ces poissons si on ne peut pas leur fournir de la nourriture vivante en quantités.

 

Reproduction

Les aiguilles d’eau douce pratiquent un curieux comportement parental. Les œufs, une fois fécondés sont glissés dans une poche que le mâle possède le long de son abdomen.  Chez les espèces les moins évidentes à sexer, ce signe ne trompe pas.  La poche a la forme d’une gouttière.  Les larves sont trimballées par le père pendant quelque sjours et puis lâchées en pleine eau.  Il faut alors trouver une alimentation qui leur convient. Mes Ichtyocampus n’ont jamais été reproduits en aquarium parce que les larves sont minuscules et qu’ils dépérissent au bout d’un moment. C’est sans doute une question d’alimentation. Par contre des espèces comme Ennecampus ansorgii (Boulenger, 1910), les Microphis etDoryichthys sont tout à fait reproductibles en aquarium.

 

Conclusion

Comme les hippocampes en eau de mer, ces aiguilles sont assez délicates et seront donc réservées à l‘amateur chevronné.  Ce sont néanmoins de splendides poissons qui méritent assurément qu’on se fatigue un peu pour eux !

Christian.